COWBOY
BEBOP – LE FILM
Cowboy Bebop : Tengoku no tobira – Japon/USA –
2001
Genre : polar futuriste
animé Réalisateur : Shinichirô
Watanabe Acteurs : - Directeur de la photographie : Yoichi
Ogami Musique : Yôko Kanno Durée : 116 mn Distributeur : Columbia Tristar Date de sortie : 01octobre 2003 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Sur Mars, en 2071. Un camion citerne explose en plein centre ville,
libérant un étrange microbe tuant des centaines de personnes.
Une prime est offerte pour l'arrestation des responsables. L'équipe
de chasseurs de primes du vaisseau Bebop, composée de Spike,
Faye et Jet (sans oublier Ed et Einstein, le chien), entreprennent
de remonter jusqu'au cerveau de l'attentat, qui semble être
un certain Vincent, membre d'un commando d'élite mort depuis
longtemps…
Animatrice
Il
est des lieux communs qui ont la vie dure. Comme par exemple celui
de cataloguer l'animation comme un genre en soi, et l'animation
japonaise en particulier. En occident, pour qu'un film de japanimation
accède au rang d'œuvre cinématographique à
part entière, il doit répondre à certains critères
: sujet ambitieux, traitement auteurisant, rythme hypnotique…
Tout le reste est catalogué dans l'infâmante caste
des "mickeys nippons" (en voilà une expression
crispante…). Alors forcément, quand un film comme Cowboy
Bebop débarque sur nos écrans, il risque
de ne pas satisfaire les "catégoriseurs" fous :
on y trouve pêle-mêle du film noir, des scènes
de kung-fu, de gunfights, de "dogfights" starwarsiens,
du western spaghetti, de la SF, du spleen existentiel, du jazz,
de l'humour, des jolies filles…Mais pour mieux appréhender
l'importance du film, il convient de glisser un mot sur la série
TV Cowboy Bebop, par laquelle tout a commencé.
Bonheur en série
Créée
en 98 par Shinichirô Watanabe (qui a depuis signé deux
épisodes des Animatrix), la série
Cowboy Bebop part d'une idée simple : les
aventures de chasseurs de primes du futur. Mais plutôt que
de tomber dans le cliché SF habituel, le réalisateur
décide de livrer un chant d'amour au cinéma occidental,
et plus précisément américain : le western,
le polar, etc. Intégrer tous ces éléments dans
un cadre narratif aussi restreint que celui de l'argument de Cowboy
Bebop est déjà un exploit en soi. Mais élever
ce principe au rang d'art, comme le fait Watanabe, est tout simplement
magique. La série, qui ne connut qu'une seule saison, est
un chef d'œuvre définitif de 26 épisodes, conduit
par un personnage principal inoubliable : Spike Spiegel. Ce chasseur
de primes aux cheveux vert a tout du privé US : costume froissé,
clope au bec, de l'acier dans les veines et une blessure incurable
au cœur. Sa rencontre avec ceux qui formeront son équipe
(Jet, son coéquipier bourru, Faye, la superbe chasseuse de
primes, Ed, le gamin génie de l'informatique totalement azimuté
et Einstein le chien au QI surdéveloppé) décrit
la tentative de Spike pour créer autour de lui une cellule
familiale qui volera en éclats sous le poids de la fatalité.
La série se concluait par un épisode tétanisant,
peut-être l'un des plus scotchants de l'histoire de la TV
(oubliez 24 !).
Re-connaissance
Et
de fait, avoir visionné l'intégralité de la
série TV s'avère un grand plus pour apprécier
pleinement Cowboy Bebop - le film. D'une part parce
que la connaissance des personnages ainsi apportée décuple
le plaisir de les voir réunis une fois de plus pendant près
de deux heures. Ensuite, le film est parcouru de références
aux histoires de ces personnages, qui renforcent le poids des dialogues.
Et enfin, le long-métrage est précisément situé
dans la chronologie de la série : entre les épisodes
22 et 23. Soit juste avant que le petit groupe ne vole en éclats,
et juste après que Spike ait rencontré sa Némésis
inoffensive dans l'épisode "Cowboy Funk" (rien
que le titre établit une analogie entre les personnages).
Dans le film, Spike rencontre une autre Némésis, autrement
plus dangereuse, Vincent. Celui-ci est le personnage qui supporte
toute l'idée directrice de Cowboy Bebop – le
film, à savoir une réflexion sur la réalité.
Car oui, malgré des atours de divertissement de haut vol,
le film de Watanabe se penche également sur cette épineuse
question qui a dernièrement secoué le cinéma
(de Matrix à Spider en
passant par Avalon) : comment être sûr
que le réel est réel ? Mais avant de pousser un soupir
las, sachez que contrairement aux films précités,
Cowboy Bebop introduit cette problématique
de manière extrêmement subtile. Sans rentrer dans les
détails et vous spoiler le film, sachez que le personnage
de Vincent souffre d'un mal incurable qui rend son existence insupportable.
Il ère dans une irréalité dont il ne parvient
plus à juger la véracité. Il décide
donc de contaminer la planète entière afin que sa
réalité
isolée soit celle de la civilisation entière, ce qui
mettra fin à sa solitude. Ce qui en fait un personnage fascinant,
loin du méchant de base auquel son apparence physique le
conditionnait de prime abord. Sa relation avec Spike est toute aussi
profonde. Ce dernier traînant un spleen existentiel incurable
depuis une tragique histoire d'amour, ère également
dans un monde qu'il ne considère plus comme le sien. Dès
leur première rencontre, les deux hommes se reconnaissent
instantanément comme deux frères perdus dans l'existence,
ce qui apporte à leur affrontement une rare densité.
Alors, pas mal pour un film d'animation japonais de plus, non ?
Musiques au coeur
Mais
avouons le, cette finesse contextuelle ne suffirait pas à
faire de Cowboy Bebop le morceau de cinéma
immédiatement jouissif qu'il est. Car le film est un bonheur
de tous les instants, une orgie de sensations visuelles et sonores
qui ne vous lâche jamais, passant de scènes d'actions
incroyablement maîtrisées (les séquences de
combat sont juste hallucinantes) à des passages plus introspectifs
magnifiquement mis en images (la découverte de l'histoire
de Vincent combinée en deux narrations qui se rejoignent
par la simple magie de la mise en scène). L'animation confère
aux personnages un réalisme saisissant (voir la gestuelle
de Spike dans le combat contre Elektra) qui renforce leur présence
à l'écran. Cette volonté est d'ailleurs soulignée
par un générique de toute beauté, officieusement
réalisé par Hiroyuki Okiura (Jin-Roh),
où défilent des situations de tous les jours, comme
prises sur le vif dans la rue, et qui facilitent l'acceptation de
l'univers du film. L'action a d'ailleurs beau se passer sur une
ville de Mars, on y retrouve des panoramas issus de New York, d'Afrique
du nord ou de Paris (le final se déroule dans une Tour Eiffel).
Ce melting-pot visuel d'une incroyable cohérence est soutenu
par un élément vital à la réussite du
film : le score de Yoko Kanno. Cette compositrice de génie
est en effet l'un des
principaux artisans du succès de Cowboy Bebop,
la série comme le film. La musique qu'elle a composée
pour les deux médiums combine le jazz le plus nerveux comme
le plus mélancolique (le générique de la série
est monstrueux), les mélodies arabisantes, le rock, la pop,
le score classique… Et tout comme dans le film, les genres
fusionnent harmonieusement pour créer une atmosphère
unique, joyeuse et mélancolique, survoltée et triste.
C'est d'ailleurs bien là que réside la réussite
du film : vous emmener dans un univers inconnu pourtant balisé
de repères familiers, qui décuplent le plaisir de
la découverte à l'infini. En bref, c'est du cinéma,
du bon, du vrai, du pur.