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KILL BILL Volume 2
USA - 2003

Genre : le nouveau film de Quentin Tarantino
Réalisateur : Quentin Tarantino
Acteurs : Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah, Gordon Liu
Directeur de la photographie : Robert Richardson
Musique : The RZA, Robert Rodriguez & divers
Durée : 136 min
Distributeur : TFM
Date de sortie : 17 mai 2004

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Synopsis :
Après avoir éliminé O-Ren Ishii et Vernita Green, The Bride est plus que jamais déterminée à tuer Bill. Mais avant, elle devra faire face à Budd et Elle Driver, qui sont bien décidés à ne pas se laisser faire…
! Attention spoilers !

En plein coeur

Les lumières se rallument. Kill Bill, tel que son réalisateur a voulu nous le faire découvrir, a livré son dernier plan, sa dernière image. Son dernier secret. Et Tarantino nous a donné son meilleur film. Non pas Kill Bill Volume 2, mais bien Kill Bill dans son ensemble. Un concentré de pur cinéma, dans ce que le medium a de plus émotionnel à nous offrir. De la première seconde du volume 1 à l'ultime instant du volume 2, le projet de Tarantino se révèle dans toute sa simplissime splendeur. Un voyage cinématographique qui prend pourtant à contre-pied les attentes du spectateur, en allant toujours là où on ne l'attend pas, tout en demeurant d'une logique implacable dès lors qu'on veut bien considérer un instant les intentions d'un réalisateur en état de grâce.

Parfums cinéphiles

On l'a dit et répété, tout Kill Bill est entre autre une déclaration d'amour au cinéma adulé par Tarantino. Le volume 1 s'attaquait aux films d'arts martiaux, citant pèle mêle la Shaw Bothers et le chambara (film de sabre japonais) tout en se parant d'un doux parfum westernien d'origine transalpine, à tendance blaxploitation. L'intensité, la longueur et l'énormité de ses scènes d'actions se rapportaient immédiatement au pendant asiatique du film, tandis que l'inextinguible soif de vengeance de The Bride rappelait clairement la quête punitive des héroïnes de blaxploitation que Pam Grier - Jackie Brown, ce n'est pas un hasard - a immortalisée dans les années 70 (voire à ce propos Coffy, récemment édité en zone 2, et comparer la scène finale avec celle de Kill Bill volume 2). Le spectateur, la tête encore résonnante de la fureur vengeresse de La Mariée, ne pouvait qu'imaginer un volume 2 encore plus brutal, sanglant et cinglant, jusqu'à l'apothéose finale voyant l'héroïne affronter, et peut-être, Tuer Bill. Mais si Tarantino était un réalisateur sans surprises, cela se saurait. De fait, la ligne directrice de ce volume 2 est radicalement différente du premier volet en raison d'un choix qui guide toute sa dramaturgie : rendre cette fois-ci hommage au western italien.

Al Dente

L'une des principales caractéristiques du western " spaghetti " a toujours été la désacralisation des icônes érigées en exemple dans le western américain, en ramenant à un niveau plus humain (donc moins manichéen) les personnages et l'univers développés outre-atlantique. Cinématographiquement, le lyrisme fait place à la désillusion, la violence se fait plus sèche, plus expéditive, plus réaliste. Tarantino ne fait rien d'autre qu'un " Kill Bill spaghetti " en abandonnant dans le volume 2 la flamboyance épique du premier volet. Pour qui n'est pas au fait des structures narratives du western transalpin, la suite de la quête vengeresse de The Bride pourra paraître scénaristiquement déséquilibrée. Pourtant, tout est là. Le héros en fâcheuse posture (les funérailles texanes). LA scène d'action monstrueuse (le combat The Bride/Elle Driver) au milieu du film. Le court et fulgurant duel final (la confrontation avec Bill). Il suffira au néophyte curieux de jeter un coup d'œil au Django de Sergio Corbucci pour réaliser à quel point le parallélisme est flagrant. Dès lors, la " déception " de ne pas assister à un volume 1 bis s'efface au profit d'une émotion bien plus prégnante que la satisfaction immédiate et jubilatoire procurée par le tranchage de membre au katana. Car si Tarantino a calqué les codes du western italien sur la trame narrative de Kill Bill Volume 2, ce n'est pas seulement dans la logique d'hommage basique que beaucoup y ont vu. Les personnages iconiques du volume 1 sont ici les pendants des icônes du western américain. Il faut les désacraliser, les ramener à leur dimension humaine, pour que le drame que raconte Kill Bill puisse prendre toute son ampleur.

L'icône est humaine

Dans le volume 1, Bill n'est qu'une voix et une main, un Deus Ex Machina qui attend patiemment, sûr de lui, que The Bride vienne jusqu'à lui. On l'imagine puissant, terrifiant, implacable. Il l'est. Mais il est aussi dans le volume 2 un amoureux éconduit et jaloux, un papa gâteau qui prépare un sandwich pour sa petite fille chérie. Budd, membre de la Division Internationale des Vipères Assassines et frère de Bill, lâche dans le volume 1 une sentence définitive ("Cette femme mérite sa vengeance. Et nous, nous méritons de mourir") qui place le personnage comme un fataliste lucide, maître de son destin, prêt à affronter La Mariée. Il vit pourtant dans une caravane délabrée, isolée dans un désert aride, et survit tant bien que mal en jouant le videur dans un bar topless pourri, où il est traité comme le dernier des demeurés. Les Crazy 88s étaient une bande d'assassins sanguinaires et sans pitié. Mais ils n'étaient pas 88. Le nom leur paraissait simplement cool… Tarantino efface au fur et à mesure le statut iconique de l'histoire racontée dans le volume 1 pour se rattacher à la dramaturgie simple et directe d'une histoire d'amour contrariée entre un tueur et une tueuse. Le cinéaste ne renie pourtant rien (on a entendu un certain critique dire que Tarantino a voulu se racheter de la violence de Kill Bill 1 !!!), il utilise de façon intelligente les bases mythiques posées dans le volume 1 pour accentuer la puissance de son histoire, tout en la ramenant à des émotions simples plus aptes à capter le cœur du spectateur. Une vengeance triomphante d'une tueuse sur son ancien patron au terme d'un combat de 10 minutes a certainement moins de poids que l'ultime geste empreint de tristesse d'une femme amoureuse qui doit pourtant, une ultime fois, briser (littéralement !) le cœur de son amant.

Nouveau départ ?

A ce stade, Kill Bill Volume 2 est déjà un coup de maître, dans le sens où il rend hommage à un genre tout en régurgitant les thèmes et codes dudit genre sans perdre son identité propre, grâce aux personnages et à l'inimitable écriture de Tarantino. Mais l'ultime aboutissement du film est ailleurs, bien plus personnel pour le cinéaste que le simple hommage déférent. Cette désacralisation d'icônes pourrait constituer une date importante dans la carrière de Tarantino. Car la démarche "à l'italienne" du diptyque lui permet de s'approprier définitivement les personnages fantasmés de ce cinéma populaire qui l'a guidé depuis ses débuts. Ils ne sont plus des projections de ses souvenirs émus de spectateur, ils sont désormais à lui. Ils ne doivent, dans Kill Bill volume 2, leur condition humaine qu'à Tarantino, et à personne d'autre. En cela, tout l'arc narratif de KB 1 & 2 ramène bien plus à la fameuse notion du " film de la maturité " que Jackie Brown, pourtant qualifié de la sorte lors de sa sortie. Et même s'il reste beaucoup de choses à dire sur ce second volet, même si Kill Bill a encore quelques secrets à réveler (le montage intégral des deux films mis bout à bout, la scène coupée du combat Carradine/Jai White), les deux films ont révélé l'essentiel : Tarantino a franchi une étape décisive, et peut désormais aller où bon lui semble (vers le film de guerre couillu semble-t-il, avec Inglorious Bastards prévu pour l'année prochaine, yesss). Après avoir livré au public un des morceaux de cinoche les plus intenses de ces dix dernières années, il a plus que jamais toute notre attention !

Laurent Duroche

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