Genre : le nouveau
film de Quentin Tarantino Réalisateur : Quentin Tarantino Acteurs : Uma Thurman, David Carradine,
Michael Madsen, Daryl Hannah, Gordon Liu Directeur de la photographie : Robert
Richardson Musique : The RZA, Robert Rodriguez
& divers Durée : 136 min Distributeur : TFM Date de sortie : 17 mai 2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Après avoir éliminé O-Ren Ishii et Vernita Green,
The Bride est plus que jamais déterminée à tuer
Bill. Mais avant, elle devra faire face à Budd et Elle Driver,
qui sont bien décidés à ne pas se laisser faire
!
Attention spoilers !
En plein coeur
Les
lumières se rallument. Kill Bill, tel que son réalisateur
a voulu nous le faire découvrir, a livré son dernier plan, sa dernière
image. Son dernier secret. Et Tarantino nous a donné son
meilleur film. Non pas Kill Bill Volume 2, mais bien Kill
Bill dans son ensemble. Un concentré de pur cinéma, dans ce
que le medium a de plus émotionnel à nous offrir. De la première
seconde du volume 1 à l'ultime instant du volume 2, le projet de
Tarantino se révèle dans toute sa simplissime splendeur. Un voyage
cinématographique qui prend pourtant à contre-pied les attentes
du spectateur, en allant toujours là où on ne l'attend pas, tout
en demeurant d'une logique implacable dès lors qu'on veut bien considérer
un instant les intentions d'un réalisateur en état de grâce.
Parfums cinéphiles
On
l'a dit et répété, tout Kill Bill est entre autre une déclaration
d'amour au cinéma adulé par Tarantino. Le volume 1 s'attaquait aux
films d'arts martiaux, citant pèle mêle la Shaw Bothers et le chambara
(film de sabre japonais) tout en se parant d'un doux parfum westernien
d'origine transalpine, à tendance blaxploitation. L'intensité, la
longueur et l'énormité de ses scènes d'actions se rapportaient immédiatement
au pendant asiatique du film, tandis que l'inextinguible soif de
vengeance de The Bride rappelait clairement la quête punitive des
héroïnes de blaxploitation que Pam Grier - Jackie Brown,
ce n'est pas un hasard - a immortalisée dans les années 70 (voire
à ce propos Coffy, récemment édité en zone 2, et comparer
la scène finale avec celle de Kill Bill volume 2). Le spectateur,
la tête encore résonnante de la fureur vengeresse de La Mariée,
ne pouvait qu'imaginer un volume 2 encore plus brutal, sanglant
et cinglant, jusqu'à l'apothéose finale voyant l'héroïne affronter,
et peut-être, Tuer Bill. Mais si Tarantino était un réalisateur
sans surprises, cela se saurait. De fait, la ligne directrice de
ce volume 2 est radicalement différente du premier volet en raison
d'un choix qui guide toute sa dramaturgie : rendre cette fois-ci
hommage au western italien.
Al Dente
L'une
des principales caractéristiques du western " spaghetti " a toujours
été la désacralisation des icônes érigées en exemple dans le western
américain, en ramenant à un niveau plus humain (donc moins manichéen)
les personnages et l'univers développés outre-atlantique. Cinématographiquement,
le lyrisme fait place à la désillusion, la violence se fait plus
sèche, plus expéditive, plus réaliste. Tarantino ne fait rien d'autre
qu'un " Kill Bill spaghetti " en abandonnant dans le volume
2 la flamboyance épique du premier volet. Pour qui n'est pas au
fait des structures narratives du western transalpin, la suite de
la quête vengeresse de The Bride pourra paraître scénaristiquement
déséquilibrée. Pourtant, tout est là. Le héros en fâcheuse posture
(les funérailles texanes). LA scène d'action monstrueuse (le combat
The Bride/Elle Driver) au milieu du film. Le court et fulgurant
duel final (la confrontation avec Bill). Il suffira au néophyte
curieux de jeter un coup d'œil au Django de Sergio Corbucci
pour réaliser à quel point le parallélisme est flagrant. Dès lors,
la " déception " de ne pas assister à un volume 1 bis s'efface au
profit d'une émotion bien plus prégnante que la satisfaction immédiate
et jubilatoire procurée par le tranchage de membre au katana. Car
si Tarantino a calqué les codes du western italien sur la trame
narrative de Kill Bill Volume 2, ce n'est pas seulement dans
la logique d'hommage basique que beaucoup y ont vu. Les personnages
iconiques du volume 1 sont ici les pendants des icônes du western
américain. Il faut les désacraliser, les ramener à leur dimension
humaine, pour que le drame que raconte Kill Bill puisse prendre
toute son ampleur.
L'icône est humaine
Dans
le volume 1, Bill n'est qu'une voix et une main, un Deus Ex Machina
qui attend patiemment, sûr de lui, que The Bride vienne jusqu'à
lui. On l'imagine puissant, terrifiant, implacable. Il l'est. Mais
il est aussi dans le volume 2 un amoureux éconduit et jaloux, un
papa gâteau qui prépare un sandwich pour sa petite fille chérie.
Budd, membre de la Division Internationale des Vipères Assassines
et frère de Bill, lâche dans le volume 1 une sentence définitive
("Cette femme mérite sa vengeance. Et nous, nous méritons de mourir")
qui place le personnage comme un fataliste lucide, maître de son
destin, prêt à affronter La Mariée. Il vit pourtant dans une caravane
délabrée, isolée dans un désert aride, et survit tant bien que mal
en jouant le videur dans un bar topless pourri, où il est traité
comme le dernier des demeurés. Les Crazy 88s étaient une bande d'assassins
sanguinaires et sans pitié. Mais ils n'étaient pas 88. Le nom leur
paraissait simplement cool… Tarantino efface au fur et à mesure
le statut iconique de l'histoire racontée dans le volume 1 pour
se rattacher à la dramaturgie simple et directe d'une histoire d'amour
contrariée entre un tueur et une tueuse. Le cinéaste ne renie pourtant
rien (on a entendu un certain critique dire que Tarantino a voulu
se racheter de la violence de Kill Bill 1 !!!), il utilise
de façon intelligente les bases mythiques posées dans le volume
1 pour accentuer la puissance de son histoire, tout en la ramenant
à des émotions simples plus aptes à capter le cœur du spectateur.
Une vengeance triomphante d'une tueuse sur son ancien patron au
terme d'un combat de 10 minutes a certainement moins de poids que
l'ultime geste empreint de tristesse d'une femme amoureuse qui doit
pourtant, une ultime fois, briser (littéralement !) le cœur de son
amant.
Nouveau départ ?
A
ce stade, Kill Bill Volume 2 est déjà un coup de maître,
dans le sens où il rend hommage à un genre tout en régurgitant les
thèmes et codes dudit genre sans perdre son identité propre, grâce
aux personnages et à l'inimitable écriture de Tarantino. Mais l'ultime
aboutissement du film est ailleurs, bien plus personnel pour le
cinéaste que le simple hommage déférent. Cette désacralisation d'icônes
pourrait constituer une date importante dans la carrière de Tarantino.
Car la démarche "à l'italienne" du diptyque lui permet de s'approprier
définitivement les personnages fantasmés de ce cinéma populaire
qui l'a guidé depuis ses débuts. Ils ne sont plus des projections
de ses souvenirs émus de spectateur, ils sont désormais à lui. Ils
ne doivent, dans Kill Bill volume 2, leur condition humaine
qu'à Tarantino, et à personne d'autre. En cela, tout l'arc narratif
de KB 1 & 2 ramène bien plus à la fameuse notion du " film de la
maturité " que Jackie Brown, pourtant qualifié de la sorte
lors de sa sortie. Et même s'il reste beaucoup de choses à dire
sur ce second volet, même si Kill Bill a encore quelques
secrets à réveler (le montage intégral des deux films mis
bout à bout, la scène coupée du combat Carradine/Jai White), les
deux films ont révélé l'essentiel : Tarantino a franchi une étape
décisive, et peut désormais aller où bon lui semble (vers le film
de guerre couillu semble-t-il, avec Inglorious Bastards prévu
pour l'année prochaine, yesss). Après avoir livré
au public un des morceaux de cinoche les plus intenses de ces dix
dernières années, il a plus que jamais toute notre
attention !