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ELEPHANT
USA - 2003

Genre : Drame
Réalisateur : Gus Van Sant
Acteurs : Alex Frost, Eric Deulen, John Robinson, Elias McConnell, Jordan Taylor, Carrie Finklea
Directeur de la photographie : Harris Savides, A.S.C.
Musique : Beethoven et divers
Durée : 81 mn
Distributeur : MK2
Date de sortie : 22 octobre 2003

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Synopsis :
De nos jours, dans un lycée américain. Les élèves suivent chacun leur propre parcours à travers les couloirs, les salles de cours, les séances de sport ou les visites chez les associations. Tandis que certains élèves développent jour après jour leur charisme superficiel, d'autres attendent avec une certaine impatience d'échapper aux moqueries de leurs camarades et de rentrer chez eux. Ce soir hélas, peu d'élèves rentreront chez eux...
Les Pieds dans le plat ?

Palme d’Or et prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, Elephant de Gus Van Sant rejoint enfin nos salles obscures. Une belle opportunité pour les non-festivaliers de constater si oui ou non, le réalisateur controversé de Psycho, Will Hunting et A la rencontre de Forrester est parvenu à domestiquer un sujet pour le moins ingérable.

Que l’on aime ou non le film de Gus Van Sant, on ne peut y nier une prise de risque certaine. Sa description des lycées américains élude déjà tout principe de vie en communauté. Adoptant successivement le point d’une poignée d’élèves autour d’un événement donné, à la manière de Rashomon ou, plus récemment, de Basic, Van Sant insiste sur l’individualisme exacerbé de ce milieu, qui n’a guère besoin d’interaction pour continuer à fonctionner. Les longues traversées de l’établissement accompagnant en plans séquences un individu précis, seul élément cristallin au cœur d’une image noyée dans un flou brumeux, expriment même un terrible isolement. Resserrant le cadre au plus près de l’élève en question, le format 1.33 ne fait que souligner ce sentiment. L’ironie veut alors qu’en une mise en scène virtuose réduisant les coupes au minimum, le cinéaste parvienne à délimiter un univers immense et parfaitement cohérent, où chaque enceinte (bibliothèque, cantine, salles de cours, vestiaires, gymnase, cour, bureaux administratifs, etc.) s’apparentera à un nouvel horizon, une étape supplémentaire du voyage intérieur de chaque étudiant.

A Feu et à Sang

De ce microcosme en rupture totale avec la réalité du monde extérieur, Van Sant puise une réflexion sur les déchaînements de violence ayant frappé il y a quelques années plusieurs écoles américaines. En s’insinuant, entre autres points de vue, dans le quotidien de deux exécuteurs en culottes courtes, le cinéaste ouvre une infinité de portes, sans toutefois interdire au spectateur de se forger une opinion propre. Bien sûr, l’ « influence » des jeux vidéo régulièrement visée par les média est ici abordée de front, et éclatera en un plan subjectif du massacre imitant le concept des Doom-like cités deux séquences en amont. Pour autant, Van Sant ne verse dans aucun manichéisme et présente cet élément comme un outil de la folie des tueurs plutôt qu’une cause fondamentale, exactement au même titre que des documentaires historiques sur le troisième Reich ou les sonates dépressives de Ludwig Van Beethoven. En établissant un parallèle entre le rôle de ces œuvres plus ou moins respectées par la majorité, Van Sant paraphrase littéralement le message de Stanley Kubrick dans Orange Mécanique et préfère ajuster, dans sa ligne de mire, des coupables moins évidents : les humiliations quotidiennes des iconoclastes et des faibles dans l’enceinte du lycée, l’absence totale des parents, soulignée notamment par une savante utilisation des hors-champs, ou encore la facilité glaçante avec laquelle des gosses peuvent se procurer un arsenal dans ce si beau pays.

Obsédant au-delà du générique de clôture, le long final se défendra bien de conclure quoi que ce soit ou d’apporter quelque solution utopique. N’y résonnent qu’une sourde interrogation et un constat d’échec terrifiant :
« Comment Diable a-t-on bien pu en arriver là ? »

Alexandre Poncet


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